A toi, connard des champs

L'autre jour, je me promenais tranquillement en poussette derrière chez moi, sur un chemin. On approchait de l'heure de la sieste, j'avais bon espoir que cette petite promenade endorme la cocotte. Je croise alors un type avec sa nana, conduisant eux-même une poussette avec à son bord un petit gars qui devait frôler les 12/13 mois (garder à l'esprit que je suis archi-nulle pour estimer l'âge des gens). Ils roulaient sur le côté du chemin, dans l'herbe où c'est plus plat (comme les noobs de la promenade qu'ils étaient ai-je pensé dans mon fort intérieur). Et là, LA, alors qu'on se croise, monsieur me dit et je cite "Dans l'herbe c'est plus facile." Je lui ai répondu avec mon plus beau sourire "Oui, mais les cailloux ça endort !". On aurait pû en rester là, surtout qu'on s'était dépassé. La règle non-officielle qui dit que tu dois arrêter de parler aux gens parce qu'ils sont trop loin et qu'ils se sont pas arrêtés donc ils ont moyen envie de tailler le bout de gras s'appliquait clairement. Mais il a fallut que monsieur ajoute " Oui enfin, y'a des moyens moins violent." Violent. VIOLENT. Et si je t'envoie un cailloux dans la tronche, tu la sens la violence ?



Pendant tout le reste de la promenade, que j'ai prolongé parce que la cocotte s'était endormie (merci les cailloux), j'ai pensé à cet échange. Je n'étais pas vraiment énervée, moins que je l'aurais été à une époque en tout cas. Tu as eu tellement de chance, connard champêtre, si tu savais ! Il fut un temps où je t'aurais fumé sur place. Femme, enfant, poussette, rien n'aurait survécu. Je t'aurais massacré. 

Au lieu de ça, j'ai poursuivi mon chemin en me demandant qu'est ce qui pouvait bien pousser les gens à faire ce genre de remarque débile. Est-ce que c'est la combinaison de mon apparence juvénile et du très jeune âge manifeste de mon bébé qui a fait que cet enculé s'est dit "tient, cette jeune maman ne sait pas ce qu'elle fait, je vais lui faire une petite remarque bien sentie pour lui faire remarquer que du haut de mon expérience de papa d'un garçon de 12 mois, j'ai des choses à lui apprendre." 

Sauf que, c'était pas le soleil qui faisait apparaitre dans mes cheveux des reflets dorés, ce sont bien des cheveux blancs. Et ce n'est pas mon premier bébé, enculé, j'ai 4 ans d'expérience derrière moi. Certes, c'est pas beaucoup, mais ça me semble suffisant pour ne pas avoir à supporter ce genre de remarque de merde. D'ailleurs, personne ne devrait avoir à supporter ce genre de remarque de merde. Si tu savais, trou du cul, le nombre de fois que j'ai emprunté ce chemin avec mon fils justement pour l'endormir, parce qu'il lui était impossible de faire la dernière sieste de la journée dans son lit. Si tu avais mon passif, tu saurais qu'il avait les yeux grand ouverts jusqu'à ce qu'on atteigne cette portion du chemin qui secoue. Tu saurais, fils de pute, que j'ai emprunté ce chemin par tous les temps, que je suis restée coincée dans la boue, dans des congères de neige, que j'ai équipé ma poussette de lumière pour y voir quelque chose en hiver, que ma sœur et moi on se donnait rendez-vous sur ce chemin avec nos bébés respectifs en plein blizzard pour qu'ils fassent cette sieste de fin d'après-midi, que même quand il faisait -10, je sortais, tellement habillée que j'arrivais à peine à plier les genoux. Tu aurais noté aussi, petite merde, que j'ai une poussette 3 roues avec amortisseur et frein au guidon et pas une poussette cane à 10 balles qui a déjà servi sur 4 générations. Niveau confort, on est pas mal je pense. 


Intermède champêtre : sauras-tu trouver la sauterelle sur cette photo ?


Mais tout ça, je ne lui ai pas dit. Pourquoi ? Parce que je n'ai pas envie de me justifier devant le premier connard venu. Je m'occupe bien de mes enfants et aucun inconnu ne devrait avoir le droit de faire douter une mère sur ce point. C'est déjà assez dur comme ça, personne n'a besoin que des inconnus en rajoutent. J'ai préféré afficher un grand sourire et continuer d'imaginer toutes les tortures médiévales que je pourrais lui faire subir. C'est un peu ma ligne de conduite dans la vie en ce moment. A Pragues j'avais visité le musée de la torture médiévale, j'en ai sous le coude. 

Puis je me suis demandée s'il s'agissait plus de condescendance ou de machisme. C'était madame qui poussait la poussette mais ce n'est pas elle qui m'a fait cette remarque. Est-ce que l'enculé champêtre aurait réagit de la même manière si ça avait été le papa à ma place ? Le papa qui fait 1m98 et 95kg par opposition à moi, 1m60, 50kg. Niveau interlocuteur on est clairement pas sur le même gabarit. Est-ce qu'il lui aurait dit quelque chose sur un ton plus fraternel, genre entre bros on se file des tuyaux ?  

Est-ce que les gens se rendent compte de l'impact que leurs paroles peuvent avoir ? Parce qu'aujourd'hui, je suis plutôt cool, je l'ai trouvé très con ce type, cependant ça reste du niveau de l'anecdote, mais comment aurait réagit la jeune maman épuisée et pleine de doutes que j'étais il y a 4 ans ? Pas super bien j'imagine. En tout cas, lui ne s'en serait pas sorti à si bon compte s'il avait croisé il y a 4 ans le gang des poussettes de l'extrême (aka ma soeur et moi) un soir à 18h dans le noir sur ce chemin. Oui, tu as beaucoup de chance, enculé des champs.


J'aurais peut-être dû appliquer les principes de la Communication Non-Violente.

- observer la situation : j'entends la réflexion moisie que tu viens de me faire

- identifier et exprimer ses besoins et sentiments : j'ai besoin de ne plus entendre ce genre de conneries

- faire une demande avec sincérité : peux-tu s'il te plait fermer ta gueule à l'avenir et dégager de ma vie ?

- recevoir avec empathie : et je t'emmerde


On est pas mal là !




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