Plaisirs et contraintes de l'allaitement

Commençons par le commencement : allaiter, j'aime pas particulièrement ça.


 

La belle image

On voit souvent ces photos tellement "oooooohhhh" de mamans en train d'allaiter leur nourrissons, les yeux dans les yeux. On sent la relation qui se tisse. C'est doux, c'est beau. 

Ce qu'on voit moins, c'est quand ton bébé commence à s’intéresser (un peu trop) à son entourage et qu'il est trop distrait pour téter. 

Ou quand il agite ses petits bras potelés et te lacère la poitrine de ses mini griffes.

Ou quand il a apprit à saisir des objets et te tire les cheveux (et ils y vont franchement à cet âge-là).

Ou quand il teste de nouveaux trucs et te pince très fort avec ses gencives ou ses dents (et te regarde d'un air choqué parce que t'as crié, ça c'est vraiment trop drôle). 

Ou quand en plein milieu de la tété, il fait un énorme caca qui déborde et que t'en as partout, habits, mains, partout je te dis (on me dit dans l'oreillette que c'est une particularité de mes bébés ça).

Ou quand les tétées se passent pas bien, mais que tu ne sais pas vraiment pourquoi, et que ton bébé passe son temps à pleurer et se raidir. Vas-y essaye d'allaiter un chat sauvage, même combat.

Ou quand ton bébé s'étouffe parce que c'est karcher dans sa bouche, qu'il devient tout rouge et que t'es pas sûre qu'il va réussir à respirer de nouveau. 

Ou quand ton bébé ne tète pas, et que t'es au bord de l'explosion.

Ou quand tu as une mastite. Ca fait mal et s'occuper d'un bébé quand on est malade, c'est pire que de s'occuper d'un bébé qui est malade.

Ou quand, branchée à ton tire lait électrique, tu penses au sors des vaches laitières et tu te sens bizarrement proche d'elles. 

Ou quand t'en as marre d'avoir un bébé constamment accroché au sein, surtout en été quand il fait 8 000 degrés. 

Ou quand t'as une monté de lait parce qu'au début ton corps est un peu trop enthousiaste et que ton coussinet d'allaitement avait bougé dans le soutien-gorge et que tu te retrouves avec une grosse flaque sur les vêtements (variante nocturne : tu te réveilles baignant dans une marre de lait)

Ou quand au début, t'as la sensation qu'on te frotte du verre pillé sur les tétons à chaque tétée (variante : t'as des crevasses et du coup tu dois te trimballer avec des feuilles de choux dans le soutif parce que ça aide beaucoup à la guérison). 

Ou quand t'as un réflexe d’éjection fort (cf le karcher plus haut) et que tu dois adapter ton alimentation, alors que t'as déjà passé 9 mois à faire gaffe (bye bye les produits laitiers et le chocolat !)


Alors pourquoi j'allaite ?

Pour bébé 1, je ne me suis pas vraiment posé la question. Ça me semblait une évidence d'allaiter, même si j'y allais sans enthousiasme particulier. Et sans m'être particulièrement informé sur la question non plus. En fait, je n'avais pas réalisé que ne pas allaiter était une option. Les début étaient difficiles, l'allaitement c'est technique, et puis il faut s'apprivoiser. Mais je suis une bonne laitière, j'ai réussi à allaiter 8 mois, 9 si on compte l'énorme réserve de lait que j'avais au congélateur et qui nous a permis de tenir encore un mois après le sevrage. Plus je ne pouvais pas. Je me faisais littéralement vampiriser par mon bébé. Je perdais beaucoup de poids, j'étais très fatiguée, alors j'ai arrêté. 

Ce que j'avais fait pour bébé 1, j'allais le faire pour bébé 2. Allaitement ce serait. Avec ma maigre expérience, ça se passe beaucoup mieux (et aussi parce qu'elle tète beaucoup moins souvent que son frère, ce qui aide énormément). Je sais maintenant qu'il faut rester cool et que tout se passera bien. Je sais aussi qu'elle sait très bien se faire entendre quand elle a faim la coquine. Et puis, c'est quand même merveilleux de se dire que mon corps produit la nourriture nécessaire à mon bébé pendant plusieurs mois. C'est assez incroyable quand on y pense. Tellement qu'à l'heure actuelle, on n'arrive toujours pas à reproduire exactement le lait humain. En plus, sa composition change en fonction de l'état de santé du bébé, de son âge, etc,... c'est quand même dingue ça ! Je me souviens avoir entendu à la pharmacie (= l'endroit où tu vas régulièrement faire du shopping quand t'as des enfants) une maman prendre des conseils auprès de la préparatrice pour le lait de son bébé. Elle ne trouvait rien qui lui convienne, avait changé plusieurs fois de type de lait et d'eau aussi. Tout ça m'a semblé bien compliqué et je me suis dit que j'avais de la chance, mon lait est adapté à mon bébé.

Économiquement, c'est aussi un choix qui se défend. Le prix des différents accessoires du type coussinets d'allaitement, coquilles, bout de sein, etc... n'est rien à côté du prix d'une boîte de lait. Les tarifs sont proprement hallucinants je trouve. Mon lait est gratuit. Enfin, pas d'après le papa, qui trouve que je mange beaucoup plus et que du coup c'est pas rentable.

Il faut aussi reconnaître le côté pratique de la chose. Il suffit que je sois dans les parages pour que mon bébé ait de quoi manger tout prêt, à tout heure, à disposition, à bonne température et tout et tout. Ultra pratique pour les sorties. Revers de la médaille, la maman est un peu irremplaçable, surtout les premières semaines quand la lactation se met encore en place. Éventuellement par la suite aussi, quand bébé est outré qu'on lui propose de boire dans un truc en plastique et qu'il nous le fait savoir. Le papa propose régulièrement de donner des biberons la nuit pour me permettre de dormir, mais je me retrouverais avec la poitrine tellement tendue et douloureuse que je serais de toute façon réveillée. C'est ce qui s'est produit les premières fois que mon fils a fait ses nuits. Lui dormait paisiblement, moi je tirai du lait à 4h du matin pour me soulager.

Ma soeur et moi quand on allaitait nos enfants en même temps

 

Mais quand même, c'est chiant

Contrairement à beaucoup de mamans, je n'ai pas l'impression que ça me permette de nouer une relation spéciale avec mes enfants (en même temps, je ne saurais jamais puisque je n'ai pas d'enfant que j'ai biberonné en comparaison). Je me sens plus proche d'eux quand on joue, que la cocotte éclate de rire parce que je lui mange les mains, que le fiston se fendait la poire en m'entendant chanter des berceuses ou riait aux éclats quand je faisais le téléphone avec ses pieds. Là oui, on partage quelque chose. Quand j'allaite, je suis un repas, le papa m'appelle d'ailleurs le casse-croûte. Il n'y a pas vraiment d'affect dans l'acte je trouve, simplement ils ont faim, je leur donne à manger point. 

Et puis niveau fringues, c'est relou. Et pourtant je suis pas super portée sur le style. En été ça va encore, quelques débardeurs d'où on peut dégainer un nibard vite fait et le tour et joué. Mais en hiver c'est une autre histoire. Je table sur le combo chemise / gilet, qui me parait le plus pratique. J'ai quelques sweats d'allaitement qui s'ouvrent avec des tirettes (ou fermeture éclair comme on dit dans le reste de la France...pfff ! Bande de barbares). C'est bien beau, mais je mets quoi en dessous ? Un t-shirt qui s'ouvre aussi avec une tirette ? Parce que juste un débardeur, je vais me peler c'est certain. Quand j'ai allaité mon fils il y a 4 ans et que je suis allée pour la première fois au (microscopique) rayon allaitement du kiabi, il n'y avait que des pyjamas. Pour le kiabi, quand t'as eu un bébé et que tu l'allaites, tu te traines en pyj' toute la journée. Soit t'as plus aucun respect pour toi-même et tu t'habilles plus, soit c'est un choix de vie. Dans tous les cas, l'image qu'on renvoie de l'allaitement est pas terrible. Genre l'asservissement total, t'as même plus le temps ni l'envie de t'habiller. Un jour que je commandais des vêtements d'allaitement en ligne, le papa qui passait par là m'a fait cette remarque "pourquoi t'achètes des habits, de toute façon tu vas rester à la maison." Déjà faux, je vais minimum aller à l'école du fiston, et puis quand on a passé plusieurs mois à ressembler à une baleine et qu'on peine un peu à reconnaitre son corps qui est différent de celui d'avant, s'habiller un peu à son goût peut faire du bien. Alors manque de bol, mon goût c'est les t-shirt ras du cou, mais on va y venir. 

Le dernier truc méga relou qui est en fait le truc le plus relou de tous, c'est les remarques des gens. Globalement, je m'en tape complètement. Comme des regards que je peux susciter quand j'allaite à l'extérieur, ce que je fais très souvent. J’essaye toujours de me mettre un peu à l'écart, mais dehors il y a toujours des gens (c'est pour ça que souvent, dehors ça craint) et il y en a des fois qui viennent franchement regarder (alerte pervers/e). Allaiter, c'est dur alors si en plus on doit supporter des remarques à la con ça va pas aller. Je suis sûre que le connard des champs est du genre à faire une remarque à une maman qui allaite. 

 

Dans le top 3 des trucs les plus chiants que j'ai entendu, il y a : 

3 - Encore ? Mais il a tété y'a même pas une heure !

Et toi si t'as faim 1h après ton repas tu vas pas manger un truc peut-être ? Spoiler alert : téter c'est pas que pour bouffer, ça sert aussi à se rassurer, à câliner sa maman, à se calmer... 

2 - T'es sûre que t'as assez de lait ? 

T'as vu les bourrelets de mon bébé ?

1 - C'est pas pratique d'allaiter, on voit pas combien le bébé prend 

Ça me ferait une belle jambe de savoir qu'elle a bu 167ml tient.


Et il faut être honnête, il y a un truc que j'aime encore mois qu'allaiter, c'est nettoyer des biberons.

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