Bis repetita

 Il m'a fallu longtemps pour me décider à avoir un deuxième enfant. En vérité, il m'a fallu longtemps pour avoir envie d'avoir un deuxième enfant. 


Le premier a été un tel tsunami dans ma vie que j'ai mis quelques années à m'en remettre. Et pourtant c'était, et c'est toujours, un bébé parfait. Non c'était pas lui, c'était moi (comme quand on veut larguer quelqu'un mais qu'on trouve pas d'excuse). Il a tout changé dans ma vie. Moi qui était une bonne dormeuse, j'ai dû apprendre à fonctionner avec carrément moins de sommeil au compteur. Pourtant, j'étais du genre qu'il faut même pas regarder si j'avais pas mes 10h de sommeil. Je pouvais m'endormir partout, dans un bus bondé, assise sur le rebord de la baignoire pendant que je me brossais les dents, la tête sur la table au milieu du diner. Et un sommeil de plomb avec ça. Un jour qu'on faisait du camping, ma soeur m'a marché sur la tête en sortant de la tente. Ca ne m'a pas réveillé. Quand je suis tombée enceinte, je me suis même demandée si j'allais l'entendre la nuit quand il se réveillerait. La réponse est oui. Tellement oui que je me réveillais des fois avant lui. J'étais exténuée. Jeune maman, je suivais le conseil classique du "dormir quand il dort" seulement pour moi ça ne fonctionne pas. Je me réveillais des siestes épuisée, souvent en pleur parce qu'une fois de plus mon sommeil avait été haché, et je ne me réveillais pas au moment qui était opportun pour moi. Et surtout, ce qui me fatiguait le plus, c'était de devoir être constamment vigilante. Je suis du genre dans la lune, je me cogne partout, je suis maladroite, je rêve. Avec un bébé, c'est pas trop possible. Je devais donc faire des efforts épuisants pour être toujours attentive quand il était là, surtout quand il s'est mis à se déplacer seul. Pour qu'il ne tombe pas, ne grimpe pas partout, ne mette pas en bouche un truc qui craint. En résumé, qu'il reste en vie quoi. A la fin de la journée j'étais sur les rotules, des fois simplement parce que j'étais restée à la maison avec lui. 

Du coup, ce n'est pas avant ses 2 ans, 2 ans 1/2 qu'on a commencé à parler sérieusement du 2ème. Ce n'était pas l'envie fulgurante du premier. Pour le premier, je voulais absolument être enceinte, connaitre ces sensations, même accoucher me faisait envie (maintenant ça va, c'est bon merci). Le 2ème, c'était plus un calcul. Je ne rajeunissais pas, si on en voulait un 2ème, fallait pas trop trainer. Est-ce qu'on en voulait un 2ème ? Le papa rechignait à "tout recommencer" comme il disait, les couches, les nuits, les purées (j'avoue qu'encore maintenant la gestion des purées me donne des sueurs froides, mieux vaut ne pas y penser),.... Et puis nous, en vrai, c'était pas un 2ème bébé qu'on voulait, c'était ravoir le 1er de nouveau ! Il était tellement parfait, gentil, docile, sage,... Et puis, on voulait que numéro 1 ne soit pas seul. Ca me brisait le coeur de me dire que s'il nous arrivait quelque chose à son papa ou moi, mon petit garçon si parfait au coeur d'or serait tout seul face à sa douleur. Il aurait sa cousine, très proche en âge, mais une cousine n'est pas une soeur. Alors oui, dans les fratries, on ne s'entend pas forcément, mais on voulait leur en donner la possibilité. A eux de voir par la suite. Et j'ai cette image en tête, peut-être fausse, des enfants uniques qui me paraissent trop sérieux, trop plongés dans l'univers des adultes. A deux, ils forment une petite équipe, ils ont un partenaire dans leur monde d'enfant.

Malgré toutes ces raisons, j'avais beaucoup de doutes. Comment est-ce que j'allais pouvoir aimer un 2ème enfant autant que j'aime mon aîné ? Ca me paraissait impossible. Mon fils, c'est mon complice, celui avec qui je fais tout un tas de trucs, des sorties, des bricolages. On discute, on rigole, on lit tout un tas de livres. Est-ce qu'un 2ème enfant pourrait trouver sa place entre nous deux ? Est-ce que je n'allais pas constamment les comparer, au détriment du 2ème qui bien entendu, ne pourrait jamais être aussi parfait que mon 1er ? Et comme tout le monde j'imagine, j'avais peur de briser cet équilibre que nous avions trouvé tous les 3. Ce qui en revanche ne m'a jamais fait peur, c'est la réaction de mon fils. Jamais je ne me suis dis qu'il allait mal le vivre ou être jaloux ou agressif envers le bébé. Et j'avais raison. Il a été ravi dès l'annonce de la grossesse, il a beaucoup fait attention à moi quand j'étais enceinte et il adore sa petite soeur. De lui, je n'ai jamais douté.

Au final, il a bien fallu se lancer. Quand, à l'échographie, on nous a annoncé une fille (ce que je savais déjà dans mon for intérieur, tout comme pour mon fils d'ailleurs), j'étais soulagée. Ils allaient être différents, elle allait avoir sa propre place. Tout irait bien. 

Puis, elle est arrivée, tant bien que mal (vraiment mal) en prenant son temps. Déjà là, c'était différent. Et tout est devenu plus facile. Je m'attendais au chaos avec 2 enfants en bas âge, et un été entier à devoir m'occuper d'eux. Et en fait, c'était plus facile tout en étant plus compliqué. Ca n'a aucun sens, mais je ne vois vraiment pas comment le dire autrement. Mon cerveau s'est recâblé différemment, je n'avais pas tout un quotidien à repenser, il a suffit de lui trouver une petite place et le tour était joué. Le rythme était déjà donné et elle nous a rapidement suivi (littéralement, dans toutes nos activités. A 3 mois, elle avait déjà été au zoo, dans plusieurs musées, visiter un moulin, à un festival de la culture amérindienne, à un concours de labour, à un dico parc, visiter une citadelle et avait vu un spectacle de marionnettes en verre et en ancien français. A chaque fois, ça c'était très bien passé). 

Je ne suis pas passée par cette phase où je n'avais plus que 2 neurones qui peinaient à se rencontrer, comme c'était le cas suite à la naissance de mon fils. Le mom brain fog ou quand ton cerveau devient de la purée de pois. C'était terrible, je ne faisais plus le lien entre les choses, on me disait des trucs et je ne percutais pas. Je devais avoir un regard de bovin arriéré à cette époque, c'est pas possible autrement. Heureusement, les neurones ça repousse apparemment. Non, cette fois-ci, j'ai gardé toute ma tête et une bonne partie de mon énergie. Malgré les nuits en pointillé et les micro-siestes, je ne suis pas si fatiguée que ça. Je vais de temps en temps me cacher dans les toilettes le mercredi pour avoir 5min de répit mais c'est tout. Quant aux couches, je ne me souviens même plus de la période où je n'en changeais plus. 

Le 2ème, c'est plus simple, et ça je ne m'y attendais vraiment pas. Si c'est exponentiel, on est parti pour encore 25.




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