L'amour brut
Il y a une chose à laquelle je ne m'attendais pas en ayant un deuxième enfant, c'est que l'amour débordant de son frère soit un danger pour sa survie.
Je savais que mon fils ne serait pas jaloux, ce n'est pas dans sa nature. Il est partageur et très très gentil. De ce côté là, je ne me faisais aucun souci. Je pensais en revanche qu'elle ne l’intéresserait pas tellement tant qu'elle ne se déplacerait pas et qu'il la verrait plutôt comme un truc un peu embêtant qui fait du bruit. Erreur. Il l'adore. Pour être exacte, ils s'adorent. Leur père et moi on peut aller mourir dans un coin. C'est bien simple, dès le réveil et jusqu'à leurs couchés, ils passent leur temps à se chercher. Dès le matin (vers 6h30/7h sauf les jours où il y a école, ces jours là c'est alors tellement dur de se réveiller à l'heure, "c'est beaucoup trop tôt maman" mouais, on reparle le mercredi et le week-end), on entend le pas pachydermique du fiston dans le couloir, suivi d'une ouverture de porte assez dramatique puis il dit en chuchotant "Elle est où ?" (sous entendu dans son lit à elle ou dans notre lit à nous, j'avoue que quand elle se réveille à 6h du matin, je sors l'artillerie lourde pour qu'elle se rendorme, en gros je la couche dans notre lit avec accès illimité au casse-croute. En général, ça me permet de gagner 1h ou 2). Et dès que sa soeur a entendu sa voix, c'est foutu, elle est ultra réveillée et lui fait de grands sourires suivis d'agitations de bras tellement intenses qu'un jour elle va s'envoler. Et alors, c'est parti pour une séance de corps à corps. Moi ou son père qui essayons de le décoller de sa soeur qui menace de mourir d'asphyxie sous ses bisous ("elle est tellement mignonne" dit-il limite avec la larme à l'oeil), nous qui faisons barrage de notre corps pour qu'il ne l'écrase pas en sautant tout autour d'elle pour la faire rire.
On ne voulait pas que notre fils ait un deuxième prénom, maintenant il en a un. C'est "doucement". Le pauvre petit a une sacrée force (sans rire, quand il te tient la main, il te la broie limite). C'est pas de sa faute, c'est comme ça, alors avec un bébé c'est pas l'idéal, mais il fait des efforts. On passe quand même une bonne partie de la journée à lui répéter "doucement" avec plus ou moins d'efficacité. Par exemple, quand il fait un cri de Tyrannosaure assourdissant à 2 cm de son visage, que je commence à lui dire que vraiment c'était trop ça et qu'en même temps la petite éclate de rire. ça marche moyen. Bizarrement.
Je suis quand même super fière de lui, parce qu'avec l'arrivée de sa soeur sont arrivées les interdictions. Pas qu'avant on le laissait faire ce qu'il voulait, genre gamin à moitié sauvage, non. Mais il est tellement docile, qu'il suffisait de lui expliquer pourquoi c'était impossible ou interdit pour qu'il ne le fasse pas. Avec sa soeur, c'est plus compliqué. Il a bien compris qu'elle est fragile, mais c'est plus fort que lui, il faut qu'il lui tire sur le bras pour l'attirer à lui et lui faire des bisous, qu'il lui tourne la tête pour qu'elle le regarde, qu'il prenne ses jouets pour les faire rebondir sur sa tête (j'avoue ça j'ai beau chercher je comprends pas). Donc, on passe beaucoup de temps à lui dire "Non." Ca doit être pénible pour lui et pour autant, il n'en veut pas à sa soeur. Il ne nous en veut même pas à nous. Des fois, il se met simplement à pleurer parce qu'il "oublie toujours" et qu'elle est tellement chou. On ne peut pas lui en vouloir. Ce petit est adorable.
Un article de puériculture auquel je n'ai jamais trop adhéré c'est le parc. Avec bébé 1, je n'en voyais pas l'utilité. Il s'ébattait tranquillement sur son tapis de jeu au sol, pourquoi le mettre derrière des barreaux ? Avec bébé 2, j'ai compris. C'est pour sa propre sécurité. J'ai compris le jour où le grand lui a presque roulé dessus avec son porteur-croco (plus communément appelé "Mam-voiture" parce qu'il ramasse des méga blocks dans sa gueule, hyper pratique pour ranger en un rien de temps ce truc) pour lui montrer une cascade. Question de survie. Ce jour-là, je suis allée à la cave et j'étais hyper contente d'y trouver le parc de ma soeur (que faisait-il là d'ailleurs ?) et en moins de 2, il s'est retrouvé au salon et la cocotte dedans. Coup de bol, elle adore. Évidemment, le grand demande de temps en temps à aller dedans avec elle pour jouer, mais c'est non, tellement non. Depuis, je peux aller aux toilettes en paix.
C'est super génial de les voir déjà tellement jouer ensemble. La cocotte chouine dès que son frère ne la regarde pas, et il suffit qu'il tourne la tête vers elle pour qu'elle affiche son plus beau sourire édenté. Alors si en plus il fait une grimace, c'est l'éclat de rire assuré. Son père et moi, on ne peut pas lutter. Il suffit que le grand frère dandine de la tête et elle est hilare. Nous, on passe notre journée à essayer de la faire rire et si elle sourit on est contents. C'en est à un point où on a demandé à numéro 1 de dormir avec le doudou
que la cocotte emmènera avec elle à la crèche (attention sujet tabou). Les repas promettent d'être animés, avec le frangin qui passe plus de temps à faire des grimaces qu'à manger, et elle qui l'appelle sans cesse.
Une chose est sûre, si elle retient son prénom, ce sera entièrement grâce à son frère qui l'appelle environ 8 000 fois par jour. "Hey ! Hey M. ! Regarde !".

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