On joue ? partie 1 : les cartes

 Vers les 18 mois - 2 ans de mon fiston, j'ai eu une petite traversée du désert niveau parentalité. Oh, pas de dépression ou quoi. Simplement, je m'ennuyais. 

Mon fils était une petite machine parfaitement huilée, et les journées étaient toutes absolument identiques à la minute près. Ca me rendait un peu folle de savoir précisément ce que j'allais faire et quand j'allais le faire. Et surtout, de savoir ce que je ne pouvais toujours pas faire, parce qu'un gros dormeur c'est sympa, mais une fois qu'on a casé 2 voire 3 siestes conséquentes et les repas, il ne reste plus grand chose de la journée. Mais ça c'est un autre sujet. 

Là où je m'ennuyais surtout, c'était dans les jeux. Deux ans, c'était pas vraiment un âge qui m'inspirait. Fini le nouveau-né qui s'émerveille dès qu'il voit un paquet de mouchoir. J'adore leur minois super sérieux quand ils voient un objet tout à fait banal. Ma fille est en plein dans cette phase et je me marre. A voir sa tête, on dirait qu'elle bosse dans la physique nucléaire tellement elle est concentrée. A 2 ans, mon fils n'était pas encore dans une phase de jeu réellement coopératif. Pour faire simple, il était obsédé par les tracteurs et ne jouait qu'à ça toute la journée. Et je devais participer. Si j'avais pû simplement être une spectatrice qui l'encourage, genre la pompom girl des tracteurs en plastique, j'aurais apprécié. Mais non. Et impossible de résister quand il me mettais un engin dans les mains et m'ordonnait de sa petite voix "Joue". Seulement, passé un certain âge, on n'a plus cette couche de graisse sur les genoux qui permet de marcher à quatre pattes pendant des plombes. Je ne vois que cette explication, parce que marcher à quatre pattes ça fait super mal. Alors non seulement, je ne savais pas trop quoi faire avec mon tracteur dans les mains, mais en plus j'avais les genoux couverts de bleus pendant des mois. Je suis sure de pouvoir rivaliser avec n'importe quel paysan, j'en ai accroché des bennes, fauché du maïs, semé, hersé. On a déneigé la terrasse avec un nouvelle fourche crocodile du New Holland (attention, on se lance dans les termes techniques), creusé pour construire une maison pour les souris (??) avec la mini-pelle au parc, défoncé mes plantes vertes avec l’abatteuse. Chez nous ça bossait sec. Je culpabilisais un peu de jouer avec lui sans grand enthousiasme, j'avais peur qu'il le ressente. Mais en même temps, à son âge je ne voyais pas quel autre jeu ou activité lui proposer. Et il aimait tellement ça qu'au final, je suis contente d'avoir jouer à ça avec lui. Ca me fait quelques souvenirs sympas et à lui aussi. 

J'ai beau ne pas être un handicapée de l'imagination, je trouve très dur de jouer avec un enfant à des jeux où l'imaginaire tient un rôle prépondérant, comme, les tracteurs justement, ou en ce moment les dinosaures, les playmobiles, etc... Paradoxalement, il s'agit exactement des jeux qui avaient ma préférence étant enfant. C'est intriguant et triste à la fois. Quand perd-on cette faculté d'inventer sans cesse des histoires ? Et pourquoi ? Je crois que c'est Freud qui a écrit que le jeu ne s'oppose pas au sérieux mais à la réalité. Cette phrase m'est restée (tient, une petite citation à placer à la prochaine rencontre avec des parents que t'aimes pas trop au parc ou à l'école pour leur clouer le bec, parce que qu'est ce que tu veux répondre à ça ?). Ca veut dire qu'à un certain âge, on devient mieux équipé pour affronter la réalité et on ne joue plus ? Que les enfants ne sont pas prêts pour la réalité ?

Le noël avant ses 3 ans, ses grand-parents lui ont offert une boite de jeux de société. Je le trouvais un peu trop jeune pour ça mais ça a été le déclic pour lui. Et le soulagement pour moi. Je pouvais enfin rester assise sur mes fesses, qui niveau gras sont mieux équipées que mes genoux pour absorber les chocs. On a alors entamé la période des petits chevaux, des échelles et des serpents, des dames. Ca me plaisait déjà plus et en prime ça lui apprenait à compter avec les dés, je me sentais un peu comme la pédagogue de l'année. Comme il accrochait bien, je me suis engouffrée dans le filon. On est allées à des présentations de jeux à la bibliothèque, à un festival de jeux près de chez nous et on en a acheté. Beaucoup. Un jour, on a acheté un magazine de jeux sur les dinosaures (genre dessins, coloriages, ce genre de choses) et dedans, il y avait des cartes détachables pour jouer à la bataille. Aujourd'hui, il n'en reste plus une seule qui soit entière. On y a tellement joué. Pendant des mois, c'était plusieurs parties par jour et mon fils pimpait souvent le jeu avec de nouvelles règles qui incluaient ses figurines dino ou un poster, des aimants, etc... On a dû arrêter de jouer, il reconnait les cartes de dos en fonction de leur état, ça n'a plus aucun intérêt. N'empêche que ce jeu l'a bien aidé à apprendre à compter, à reconnaître les chiffres et à apprendre à perdre aussi, au début ce n'est pas évident pour un enfant. Et comme toujours, je suis ébahie par sa capacité à retenir tous les noms des dinosaures et leur grade. Hallucinant. 

La désormais légendaire bataille de dino

Pour les 3-5 ans, c'est pas évident de trouver des jeux de société sympa (j'entends, sympa aussi pour les adultes). J'ai même été déçue des recommandations de certains professionnels, on dirait que ça fait longtemps qu'ils n'ont pas vu un enfant de 3 ans de près. Ou alors le mien est carrément exceptionnel (je crois que je préfère cette explication). Comme il aimait bien les jeux de cartes, j'en ai acheté quelques un.


 

C'est le type de jeu pratique je trouve. Les parties sont pas trop longues (sauf pour le Uno parfois, où il me défonce très souvent, je sais pas comment il fait. Petit apparte sur le Uno, dans la règle, ce jeu est recommandé à partir de 8 ans, franchement je ne vois pas pourquoi. Il faut simplement savoir reconnaitre les chiffres et les couleurs. Si c'est pour l'aspect stratégique, mon fils de 4 ans me met régulièrement la pâté, donc c'est faisable.) et on peut y jouer partout. C'est mon arme secrète quand je dois faire à manger et que le fiston est énervé le soir et ne veut pas s'occuper seul. Je mets la cocotte dans son parc (elle est tellement sage) et le grand sur le plan de travail de la cuisine et on joue au jeu des familles (dino, of course). Et comme ça tout le monde est content et en plus j'avance sur le repas. 

Mon pref' de pref' c'est le Piratatak. Je trouve la règle vraiment maligne et le jeu juste assez dur pour être intéressant. Au début, on n'arrivait jamais à finir une partie, le fiston avait trop peur des pirates, il fallait toujours regarder d'abord la carte pour lui dire si c'était un pirate ou pas, le jeu perdait un peu de saveur. C'est toujours pas son jeu préféré, du coup on n'y joue pas autant que je voudrais. Mais c'est le genre de jeu que j'aime beaucoup. Et quand on a commencé à jouer à ce genre de jeux à la maison, j'ai commencé à culpabiliser, ou pour être exacte, j'ai trouvé un nouveau sujet pour culpabiliser : est-ce qu'on joue trop au même type de jeu ? Est-ce qu'il fait des choses assez variées à la maison, parce qu'entre le dessin/peinture/coloriage/pâte à modeler et les jeux de société, on ne fait pas grand chose d'autre, surtout depuis l'arrivée de la cocotte. Heureusement, il y a l'école et le périscolaire qui proposent de super activités. Il est inscrit au foot aussi. Mais bon, c'est un peu mon boulot de maman de me poser ce genre de question je crois. Et de culpabiliser aussi.



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