Ma fille est chiante

 Normalement, on ne dit pas de mal de ses enfants. Y'a un embargo sur le sujet. Et puis on se voile un peu la face, on leur cherche des excuses. Excuse numéro 1 : la fatigue, puis viennent la faim, l'ennui, etc...On essaye de rester positif et on se ment un peu à soi-même. Nan, il est pas chiant, il est malade, il a eu une longue journée, etc... Moi je le dis : ma fille est chiante.


 

Mais genre vraiment chiante. Elle chouine toute la journée. Autant les pleurs, je peux avoir de l'empathie, ça fend un peu le coeur tout ça, autant un bébé qui chouine je trouve ça juste pénible. Pour faire court, elle chouine dès qu'elle me voit. Très agréable. Je suis le bureau des plaintes et cette petite à toujours quelque chose à dire. Je la pose 5 min dans son parc pour aller aux toilettes : cris, je la pose pour faire la cuisine : cris (alors que je suis toujours dans son champs de vision), son père la porte : cris, je la porte mais pas comme elle voudrait : cris. On lui propose de la purée de n'importe quel légume : cris + petit mouvement dramatique de jeté sur le côté qui est assez drôle (mais elle mange tout à la crèche, of course).

Je finis assez souvent la journée avec l'envie de la jeter par la fenêtre. Bien évidement je ne le fais pas, parce que je l'aime comme la prunelle de mes yeux. Et aussi parce que c'est interdit. A cet agacement de fin de journée se mêle aussi pas mal de découragement (et d'appréhension nocturne, les cris ne cessent malheureusement pas la nuit). Peut-être qu'elle chouine comme ça parce que je ne la comprends pas, que je ne m'occupe pas bien d'elle, que je ne réponds pas à ses besoins de manière adéquate. J'en ai déjà fait part au papa qui m'a répondu, après une nano-seconde de réflexion "Nan, elle est juste chiante." Il y a quelques mois, je croyais encore que c'était parce qu'elle ne faisait que de toutes petites siestes et qu'elle était fatiguée. Erreur. Elle dort beaucoup plus aujourd'hui et elle est toujours aussi chiante.

Ca me rassure un peu sur ma capacité à être mère, mais d'un autre côté, j'aurais préféré une autre explication. Genre, les dents. Mon médecin dit toujours que c'est l'excuse quand on ne trouve pas d'autre explication avec les enfants. Dans ce cas, chez nous on est sur du 3 mois 1/2 de dents et toujours pas de nouveau chico qui pointe le bout de son nez. Crédibilité moyenne, d'autant que le doliprane n'y change pas grand chose. Dans tous les cas, trouver une raison à son comportement et pouvoir par la suite agir. Alors que là, on est juste sur un diagnostic du type "c'est son caractère" et on ne peut rien y faire. Supporter les choses que je ne peux pas changer n'est pas vraiment mon fort. Je vais méditer la prière de Marc Aurel. 

 

Mon dieu donnez-moi la SÉRÉNITÉ 
d’accepter les choses que je ne peux changer, 

le COURAGE de changer les choses 
que je peux changer 
et la SAGESSE d’en connaître la différence. 

De vivre un jour à la fois, 
d’accepter les épreuves comme le chemin vers la paix, 
d’accepter comme IL l’a fait ce monde comme il est, 
et non pas comme je voudrais qu’il soit. 

De croire qu’il va prendre soin de tout 
si je capitule et si je m’en remets à Sa volonté, 
que je peux être raisonnablement heureux dans cette vie 
et suprêmement heureux avec Lui, pour toujours dans le futur
 

Reste l'explication sexiste : c'est une fille et les filles c'est chiant. J'aime pas trop ce genre de généralisation, mais je dois constater que d'après ce que j'observe dans on entourage proche, c'est plutôt vrai. Dans le cas de ma fille, je pense que la vraie explication est que c'est une petite boule de haine. 

Best of des remarques des auxiliaires de la crèche qu'elle fréquente : 

    - Jamais une larme

    - *soupire* [après que j'ai demandé comment s'était passé la journée]

    - La colère se gère mieux que la frustration

    - [En parlant à une autre maman] Il n'a pas beaucoup dormi, il était dans la même chambre qu'une         petite qui pleurait beaucoup.

    - Elle sait se faire entendre

    - Elle ira loin

Je rigole bien à chaque fois et honnêtement, je les plains, parce que moi ma fille je l'adore, elle est mimi et trop drôle, mais s'occuper d'un bébé aussi borné qu'on aime même pas, ça doit être dur. D'autant qu'on leur a un peu fait de la publicité mensongère avec son frère tellement parfait. Là les remarques c'était plutôt "on en voudrait 10 des comme lui" avec des gros yeux pleins de larmes. Dans le cas de ma fille, 1 ça suffit largement. Je pense d'ailleurs qu'elles sont contentes qu'elle ne vienne que 2 jours par semaine. Je suis presque sûre d'avoir entendu le soulagement dans leur voix quand j'ai appelé l'autre matin pour dire qu'elle était malade et que je la gardais à la maison.

Pour autant, je ne minimise pas ce que vit ma fille. Elle vient d'être sevrée, cette rupture du lien lacté ne doit pas être simple à gérer. Elle va à la crèche depuis 1 mois alors que jusque là elle n'était gardée que par moi. Je compte bientôt lui apprendre à s'endormir sans ma présence, une autre épreuve. Avantage à avoir un bébé relou : pas besoin d'attendre le bon moment, il n'y en a pas ! Son frère a traversé les même épreuves, comme tous les bébés, mais avec plus d'élégance dirons-nous. Son tempérament est plus doux, plus calme et il est plus résilient. Ma cocotte elle tendance à freiner des quatre fers et à faire savoir haut et fort qu'elle n'est pas d'accord là où son frère se contente de faire ce petit bruit tout mignon suivit de "bon, ok...". En gros, elle a mon caractère. On va méditer la prière de Marc Aurel ensemble.






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